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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 22:24




Bizarre ça, MP-E, c'est quoi ce truc ? Les Nikonistes, ne cherchez pas, vous n'avez pas, c'est une exclusivité Canon ! Allez, faite pas la tronche, c'est pour rigoler.

Vous aimiez la macro, alors peut-être adorerez-vous l'hyper macro, car c'est bien la raison d'être de ce MPE 65mm. En effet, n'imaginez pas taper un portrait avec, ce sera impossible (enfin, un portrait d'être humain j'entends, car pour les bestioles plus petites, c'est jouable...) ; le plus gros que puisse faire la bête, c'est le rapport 1:1.

Ha oui, mais c'est quoi le "rapport" (non non, je vous vois venir, rien à voir avec des positions du Kâma-Sûtra) ? Le rapport de grossissement est le rapport (jusque-là, je me décarcasse pas trop) entre la taille du sujet et sa taille résultante sur le capteur (supposé plein format). Je m'explique. Si on dit que le rapport est 1:1, cela signifie qu'un objet de 1cm fera aussi 1cm sur le capteur (il prendra donc quasiment la moitié de la hauteur de la photo) ; si c'est un rapport 3:1, cela veut dire que ce même objet de 1cm fera maintenant 3 cm sur le capteur (il se retrouve donc coupé sur la hauteur de la photo).
Et bien le MP-E 65 permet des images depuis le rapport 1:1 jusqu'au rapport 5:1. Il peut donc considérablement grossir ; mais à l'opposé il est incapable de prendre moins grossi que 1:1 (donc, impossible de faire une mise au point à l'infini). Où s'arrête une optique macro classique, le MP-E ne fait que commencer. C'est donc bien une optique spécialisée, et même hyper spécialisée ! Voyez ce que cela donne avec une pièce de 1€ (sur un capteur plein format). Si vous avez bien suivi, vous aurez donc compris que le MP-E ne permet pas de prendre une photo plus large que la première au 1:1.






Pourquoi j'en suis arrivé à ce choix ?

Quand j'ai commencé la macro, j'ai assez rapidement perçu "qu'il y avait des choses à voir au-delà du rapport 1:1", et d'ailleurs, très souvent j'avais mes trois bagues allonges montées sur mon optique pourtant déjà macro (souvent à l'époque le Sigma 180/3.5 EX). Il était clair que certains sujets se prêtaient très bien à des rapports élevés. De plus, plus on se rapproche, moins on identifie les choses, plus la réalité s'éloigne car notre œil n'est pas habitué à voir le monde à de tels grossissements (paradoxalement, cela fait pareil lorsque l'on prend de la hauteur, comme le montrent notamment les photos de Yann Arthus-Bertrand). Or, à cette époque, je commençais à rechercher autre chose que la réalité dans mes images ; le MP-E pouvait peut-être m'y aider... Et comme souvent, une bonne occasion m'a fait sauter le pas.






Rapido, les caractéristiques techniques générales

Avec ses 710g, ce n'est pas un poids plume. Néanmoins, quand il est dans sa position la moins longue (au rapport 1:1), il est compact (moins de 10cm) et ce poids est bien réparti. C'est un peu moins vrai une fois déployé car au rapport 5:1, il atteint tout de même la longueur de presque 23 cm. Ce n'est pas un minus dans cette configuration.






Il bénéficie fort heureusement d'un collier de pied ; à mes yeux indispensable l'utilisant essentiellement sur trépied. Néanmoins, il est d'une ergonomie moyenne. Il s'agit du modèle avec gouttière dans laquelle glissent les 4 petites visses fixées sur l'optique. C'est sûr, il ne risque pas de tomber (on ne peut enlever le collier qu'une fois l'optique démontée du boitier), mais c'est la fluidité qui en souffre. L'ensemble pivote avec certains à-coups et un peu de jeu ; pas le top quand on connait l'exigence de précision dans le cadrage exigée par les grands rapports (mais une fois serré, c'est bien sûr rigide).

Malgré les apparences, ne cherchez pas de bague de mise au point à proprement parler. La bague que vous voyez est en fait la bague du choix du rapport ; cela peut jouer un rôle secondaire de mise au point, mais l'utilité première n'est pas là (cela n'est pas sans poser quelques difficultés, j'y reviendrai après).

Enfin, ne cherchez pas non plus l'auto-focus ; c'est du tout manuel.



A quoi peut-il bien servir ?

Comme dit plus haut, il sert bien sûr à explorer le monde du très petit. Et dans ce dernier, il y a des tonnes de choses à faire :

- tout simplement photographier des éléments très petits tout en restant figuratif (ça, je le fais assez peu).



- Jouer avec les formes que notre œil peut à peine discerner.




- Ou carrément pénétrer l'abstrait tant cet univers minuscule s'écarte de ce que nos yeux et notre esprit savent voir.




Il n'est d'ailleurs pas rare que la frontière entre ces deux dernières catégories soit mince...




Les gouttes d'eau sont des sujets que j'affectionne tout particulièrement avec ce MP-E.







Une utilisation non dépourvue de difficultés

Il n'est pas faux de dire que les résultats que peut produire le MP-E "se méritent" ; cette optique est à dompter. Si vous vous lancez dans l'aventure, vous aurez très probablement à faire face à tout ou partie des difficultés ci-dessous, et peut-être d'autres.

 - Le manque de lumière : bien évidemment, à de tels rapports, la lumière vient très vite à manquer. Le trépied est donc très souvent nécessaire tant les vitesses d'obturation peuvent être faibles, même à f/2.8. Néanmoins, ne partez pas de l'a priori qu'il est indispensable, dans certains cas, assez rares si vous fonctionnez en lumière naturelle, la main levée est possible. Ce fut le cas pour cette thomise, réalisée au cœur d'un pissenlit en plein midi . L'option flash est possible (le MP-E peut accueillir les flashs annulaires), mais je reste fidèle à ma lumière naturelle et n'est donc pas abordé cette option. Ce souhait délibéré rend bien sûr difficile la photo de sujets en mouvement.




- Qui dit 65mm et forts grossissements, dit aussi faibles distances de mises au point. On parle ici de quelques centimètres entre la lentille frontale et le sujet (10cm à 1:1 et 4cm à 5:1). Cela complexifie bien sûr d'une part les photos de sujets farouches, et d'autres part, les photos dans des environnements encombrés. Ci-dessous un petit schéma faisant le point sur la distance du sujet à la lentille frontale et la longueur de l'objectif (les 2 étant variables).




- La difficulté du cadrage : le cadrage n'est pas toujours la plus simple des choses, mais il est ici encore plus difficile. D'une part, il n'est pas rare que vous soyez dans une position peu confortable parfois peu compatible avec la nécessité de prendre son temps ; d'autre part, aux forts rapports, le moindre mouvement du boitier se traduit par un gros décalage dans le viseur. Stabilité ou grandes vitesses sont nécessaires !


- Une mise au point pas évidente : tout d'abord la profondeur de champ est très faible. Mais surtout, la principale difficulté résulte du fait qu'il n'y a pas réellement de bague de mise au point, mais une bague du choix du rapport. Donc, si vous recherchez un rapport bien précis, il vous faudra caler le boitier pile à la bonne distance ; vous n'avez pas le choix. Sinon, vous devez jouer de la bague qui va changer le plan de netteté, mais cela change donc forcément le rapport dans le même temps, et donc le cadrage,... Pas facile du tout. A mon avis, c'est la principale difficulté de la bête : trouver la bonne distance de prise de vue.


- Enfin, ces grands rapports sont sans pitié pour les poussières, même les plus petites et même à f/2.8 ; et ce d'autant plus que la lumière est vive. Ils vous imposeront un nettoyage plus minutieux du capteur (lien vers article).






Quelques conseils

Fort heureusement, ces difficultés se tassent avec l'expérience (mais reste toujours bien réelles), et ces quelques rapides conseils peuvent vous aider :

- Un point crucial est d'accorder beaucoup d'importance et d'attention à la position initiale du trépied. Dans la mesure où c'est bien la distance du boitier par rapport au sujet qui va conditionner beaucoup de choses (mise au point et rapport), et que les marges de manœuvre sont faibles (un changement de quelques centimètres change tout), il vous faut vraiment viser le plus juste possible dès l'installation du trépied. Choisissez d'abord un rapport, même approximatif, et placez la bague en conséquence. Puis aidez-vous des indications sur l'optique qui mentionnent les distances de mise au point pour chaque rapport. Tentez ensuite de bien viser pour positionner le trépied au mieux.

- Utiliser un trépied très flexible, avec colonne centrale pouvant se mettre à l'horizontal (j'ai choisi le Gitzo GT2541EX) ; et une rotule offrant une grande liberté de mouvement (j'ai retenu la rotule excentrée Gitzo GH3750QR). Je n'ai encore pas testé le rail macro (car pas assez adapté aux boitiers de la série 1d ou munis d'un grip), mais il est quasi évident que les quelques centimètres de déplacement devant/derrière seraient un véritable allié pour la mise au point.

- Comme je le dis plus haut, les positions de prise de vue sont parfois difficiles et dures à tenir longtemps. Examinez bien au préalable le terrain, et tentez de choisir une installation la moins inconfortable possible. C'est dommage de rater une superbe image juste parce que notre coude est mal positionné ou qu'un caillou nous transperce le genou.

- Parfois, le moindre changement de plan de netteté produit une image totalement différente ; alors n'hésitez pas à "explorer la profondeur de votre sujet"







Alors, investir ou pas ?

Vous seul connaissez la réponse.
Son prix n'est pas anodin. Il se trouvera aux alentours de 1000€ sur sites internet basés en France comme www.digit-photo.com. En occasion, c'est donc naturellement qu'on le trouve entre 650 et 750€, parfois plus.

Il ne faut pas le prendre "pour faire de la macro", mais bien de "l'hyper-macro". Ayez à la fois conscience des difficultés liées à son utilisation, mais aussi du monde presque infini auquel il donne accès. Mais à mon avis, si votre actuelle pratique n'a pas révélé l'envie de voir plus près, inutile de vous jeter sur le MP-E ; vous n'auriez alors peut-être pas assez de motivation pour le dompter. Tournez vous alors peut-être plutôt vers des solutions alternatives moins couteuses type bague d'inversion ou bagues allonges ; quitte à venir au MP-E dans un deuxième temps. Car oui, c'est vrai je ne l'ai encore pas dit : en plus, il délivre des images d'une superbe qualité !!




Pour finir, je rappelle que j'ai surtout parlé ici d'une utilisation en lumière naturelle. Le contenu de cet article serait différent si vous travaillez au flash. Au début, il est probable que vous ayez du déchets, voire que vous piquiez des crises de nerfs. Mais persévérez, vous ne le regretterez peut-être pas. Mais pas la peine d'insister comme une brute non plus car je pense que s'il y a une chance pour que ce monde du minuscule vous donne satisfaction, vous le sentirez assez vite et vous accepterez alors sans doute cette phase d'apprentissage, plus ou moins longue, mais nécessaire.



Ces articles peuvent vous intéresser :

- Le trépied photo GITZO Explorer 2541

- La rotule photo macro que je cherchais ? L'avant-test de terrain
- Dans la jungle des rotules photo
- Mon chemin vers le SIGMA 150/2.8 EX HSM Macro
- Acheter son matériel photo d'occasion


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Published by Xavier COULMIER - dans Matériel
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commentaires

Clémence 16/04/2012 19:49

Bonjour,

Je suis tombée sur cet article en cherchant des infos sur ce fameux objectif. Je le regarde depuis 6 mois, mais j'hésite vraiment à le prendre.
J'ai commencé la photo il y a six ans maintenant, en commençant... en plongée sous marine. J'ai commencé avec un compact, puis un deuxième, puis frustrée de ne jamais suffisamment "rentrer" dans le
sujet, je suis passée au reflex. J'ai pris le 7D, avec le 100mm L, mais toujours pour la plongée. Et pour me faire la main sur le boitier, j'ai testé toutes les petites fleurs du jardin. Et là...
"wahou". Mais le temps passant, le sentiments de ne pas entrer suffisamment dans le sujet revient: je veux toujours aller vers le plus petit.
Alors pour la plongée, je me suis acheté une super lentille (Subsee +10 dioptrie), et j'ai fait il y a quelque jours une photo qui me plait bien d'une sujet d'au maximum 5mm. Et là, je me dis que
je vais pouvoir 'enfin" photographier sous l'eau ce que j'étais incapable de prendre jusqu'à présent.
Mais en terrestre, cette lentille ne me sert à rien. Et quand je vois les photos d'insectes (les yeux!), et tout le reste... wahou ! J'adore vraiment votre photo de l'escargot au bout d'une feuille
rouge dont seul un oeil est net.

Alors que faire? Le prendre, pas le prendre... Cet objectif est cher, et c'est la "rentabilité" qui me fait peur: vais-je prendre assez de photos pour l'amortir? Vais-je réussir à le prendre en
main? Ne vais-je pas me décourager? J'ai lu de nombreux essais, et tous soulignent la persévérance qu'il faut avoir pour en tirer quelque chose. Mais face à mon envie de toujours rentrer d'avantage
dans le sujet... je me dis que je prendrai mon pied !

L.V. Photography 14/07/2010 06:58


Superbes cliches et explications...
Je me tatais sur l'achat de cet objo... Mon choix est maintenant fait!
Bonne continuation!


LVH 14/06/2010 20:37


Bravo pour ton expo, simple clair donc compréhensible. Je me suis mis à la Photo il y a deux ans et j'ai toujours fait de la macro et continue de ne faire que cela.
J'ai commencé avec un bridge et bonnette, puis reflex et le canon 100 mm macro
auquel j'ai fini à y ajouter des bagues d'allonge, pour enfin receptionner aujourd'hui le 65 mm., pour quitter un peu la macro et découvrir ce que tu appelles " l'hyper macro". C'est dire comme
avec attention j'ai lu ton laïus.
Demain les premiers essais avec monopode ou trépied de table selon...
Encore merci.


el justino 17/01/2010 13:41


hello Xavier!
je tente l'aventure du microcosmos au mpe,sans flash et à main levée,comme toujours..
tes images sont pour moi un modèle dans l'utilisation de ces forts rapports de grandissement,n'étant que peu intéressé par l'anatomique..
bon..pour les résultats..à suivre..
salutations!.
EJ.


Xavier COULMIER 28/09/2009 15:08


Merci à tous d'être passé !
Le trépied, dès lors que l'on souhaite bosser en lumière naturelle est quasi obligatoire (mais pas toujors comme je l'écris). C'est un choix à faire, qui a ses avantages et ses inconvénients. Il
est clair que je ne peux pas traiter tous les sujets en lumière naturelle et sur trépied. Mais je pense que je traite mieux ceux qui me sont accessible.
Xav